Poème 01Nuit
Dragée noire
Dans la paume de Marion,
la nuit devient chose légère ;
elle a le grain d’une dragée,
le goût discret de la lumière.
Elle n’explique pas le ciel,
elle le laisse entrer sans bruit ;
un mot suffit, presque irréel,
pour que la chambre se reconstruise.
Et lorsque revient le matin,
plus rien ne pèse exactement :
la nuit a laissé dans sa main
un noyau calme et transparent.
Poème 02Portrait
Le sucre grave
On croit la douceur sans défense,
faite pour fondre et disparaître ;
Marion sait que le silence
peut être une façon de naître.
Elle garde au bord de la voix
ce sucre grave des personnes
qui n’ont pas besoin qu’on les voie
pour que leur présence résonne.
Elle avance sans décor lourd,
sans bruit de scène, sans armure ;
et pourtant quelque chose autour
devient plus net, plus vaste, plus pur.
Poème 03Lumière
La chambre claire
La chambre attendait une phrase,
un rideau lent, un verre d’eau ;
Marion y pose une base :
son nom, son souffle, un peu de peau.
Alors la table devient île,
le mur retrouve son grain blanc,
la lampe a l’élégance fragile
d’un astre resté plus longtemps.
Rien n’est spectaculaire.
Et c’est cela qui tient debout :
la lumière apprend à se taire,
pour mieux se déposer partout.
Poème 04Portrait
Marion, à voix basse
Marion, à voix basse,
ne demande pas l’été ;
elle sait qu’une trace
peut suffire à rester.
Son prénom tient ensemble
un morceau de papier,
un matin qui ressemble
à l’envie de marcher.
Dragée n’est pas un masque,
c’est un éclat précis :
la douceur qui se casque
de lumière et d’esprit.
Poème 05Nuit
Cartographie du soir
Le soir déroule sur les meubles
ses territoires presque bleus ;
Marion lit dans les immeubles
les petits tremblements du feu.
Un bol, un livre, une fenêtre,
la ville au loin qui perd la voix ;
il suffit parfois de connaître
la place exacte où l’on se voit.
Elle inscrit sur la vitre froide
un signe bref, puis le défait ;
la nuit, patiente et maladroite,
apprend son nom dans le reflet.
Poème 06Lumière
Le matin exact
Il y a des matins précis
qui ne promettent pas grand-chose :
un café noir, un ciel assis,
une lumière un peu moins close.
Marion traverse cela
comme on traverse une pensée ;
le jour reprend forme sous ses pas,
la poussière devient rosée.
Elle ne cherche pas l’éclat,
elle préfère la justesse :
ce mince endroit où chaque voix
retrouve sa propre finesse.